mercredi 2 septembre 2026

Roger Neilson

Né a Toronto en 1934, il sera, comme mon papa, professeur d'éducation physique. Spécialiste du hockey et du baseball. À 32 ans, il débute une carrière d'entraineur. Dans la Ontario Hockey League, comme entraineur chef de Petes de Peterborough, alors club-école des Canadiens de Montréal. Nous sommes en 1966.

En 1968, il est remarqué par sa grande intelligence. Remarquant que le livre des règlements de la OHL ne fait aucune mention du gardien de but quand survient le moment d'un lancer de punition, il en profitera. 

Dans un match contre leur rivaux d'Ontario les Marlboros de Toronto, un lancer de punition est accordé à Frank Hamill, des Marlboros. Neilson retire son gardien Pete Kolsek et choisit de placer son imposant défenseur de 6'3 Ron Stackhouse devant le filet pour affronter Hamill. Ça fait rigoler tout le monde qui pense que ce sera un but facile. Mais dès que ça débute et qu'Hamill franchit la ligne bleue, Stackhouse charge vers lui lui soutire la rondelle et la tire à l'autre bout de la patinoire. Toute l'équipe des Marlboros s'indigne et s'agite. Mais de quel droit ?...

D en G moyenne de .1000

Neilson a le livre des règlements en main, il le montre à l'arbitre qui ne peut qu'admettre que l'obligation d'un gardien de but pour affronter le lancer n'est pas mentionnée. Tant que le réglement reste ainsi, Neilson a en tout à fait le droit. Il le refera 6 fois, et toujours avec Stackhouse. Qui sera 6 en 6. Jamais il n'y aura but. 

Les réseaux sociaux et les moyens de communication sont plus lents en 1968, aucun autre club ne prends le temps de l'imiter, mais à la fin de la saison, c'est su. La OHL, mais aussi la LNH, dont le règlement ne fait pas mention non plus du gardien de but, ajuste le texte des règles de leurs circuits. Il les force à réécrire le livre encore, alors que le pointage fait mener son équipe par un but, et qu'on a retiré le gardien, et que son club à lui à deux punitions, avec moins de 2 minutes à jouer. Réalisant qu'il ne peut pas jouer avec moins de 3 joueurs, et voulant briser leur tempo, à toutes les 10 secondes, il met un 4e joueur sur la glace, forçant un arrêt de jeu. Et brisant le tempo adverse. 

Neilson sera souvent formidable comme ça. Celui qui pense toujours "hors de la boîte". J'adore ces David Lynch gens. Il était gardien de but, lorsque plus jeune, et il est reconnu que les gardiens de buts sont les plus "artistes" de chaque club. 

Il restera 10 ans dans la ville de Peterborough, où il y aura une maison jusqu'à sa mort. Il travaille aussi en parallèle, l'été, à l'Université de Windsor et est si original, qu'il fait même du hockey...en Israël. 

En 1972, avec les Petes, son équipe gagne la finale en 3 matchs contre aucun revers face aux 67's d'Ottawa. Parmi les Petes, un Bob Gainey de 17 ans, et comme gardien #1, Mike Veisor, qui en a 19. Parmi les 67's, Denis Potvin, Wayne Merrick, Blake Dunlop et Michel "Bunny" Larocque comme gardien #1. Ils ont même un joueur qui se nomme Ron Bobbette. Oui, Bobbette. 2 B comme 2 fesses. Neilson et ses Petes perdent en finale les 2 saisons suivantes, mais il sera suffisamment intéressant pour la LNH pour que la CHL (Central Hockey League) s'intéresse à lui et lui offre un poste d'entraineur en 1976. Il ne fera qu'un an avec les Hawks de Dallas, mais sera entraineur de Bruce Boudreau, Mike O'Connell, Randy Hoyt, Randy Carlyle, Mike Palmateer et Mike Veisor. 


En 1977, il est engagé pour relever Red Kelly, dans la LNH, à la barre des Maple Leafs de Toronto. Il brille dès le départ. Toronto élimine en 2 matchs les Kings de Marcel Dionne, Butch Goring ou Dave Taylor, élimine les dangereux Islanders de Trottier, Bossy et Potvin en 7 matchs, dans un match en surtemps où Lanny MacDonald tranche le débat. Dans le carrée d'As de manière inattendue, les Leafs feront face aux Canadiens de Montréal mais sont liquidés en 4 matchs. Il ne sera entraineur des Leafs que les 62 premiers matchs de la saison suivante, le directeur gérant, qui sera confirmé sénile avec le temps, Harold Ballard, le congédie, insatisfait de sa fiche, 3 victoires sous la barre de .500. Neilson est alors reconnu comme celui qui invente encore deux choses. 

Il serait celui qui aurait le premier proposé à ses gardiens de faire de la neige le plus près de la ligne rouge possible et devant le filet, dans l'enclave, pour rendre la glace plus rugueuse. et afin de ralentir une rondelle qui voudrait y glisser facilement. Il est aussi celui qui demande à son gardien, en fin de match, dans une cause perdante par un but, de laisser son bâton sur la ligne rouge des buts, avant de revenir au banc, afin d'offrir une sorte de bloc quand même, forçant la LNH à préciser ses règles. Les Sabres de Buffalo savent reconnaitre son talent et l'engage comma assistant entraineur, de Scotty Bowman. Le tandem fonctionne à merveille car un an après avoir perdu en première rondes des séries, on atteint le carrée d'As, éliminant coup sur coup, Vancouver et Chicago avant d'être éliminés par NYI.

L'année suivant, Scotty lui laisse le poste d'entraineur, mais reste son patron, car directeur gérant. Et comme il a la main lourde sur ce que fait Neilson, Roger préfère se retirer après une saison. Amicablement. Il introduit alors quelque chose de nouveau, encore, les études après les faits, en faisant des révisions sur vidéo alors que tout est de plus en plus télévisé. L'ère de l'image nait avec les années 80. 

À sa première saison à Vancouver, il vit de grandes choses. Il est d'abord assistant entraineur d'Harry Neale, pendant toute la saison. Mes Nordiques chéris d'alors seront impliqués dans son avenir. Le 20 mars, dans un match où Québec créé l'égalité 3-3 en fin de partie, au Colisée de Québec, le minable Tiger Williams s'en prend au "dur" Peter Stastny. Le meilleur joueur des Fleurdelysés. Une échaffourée s'ensuit, et de la foule, un bien-connu-dans-sa-famille Pierre Fournel, assène un coup de point à Williams, ce qui fera réagir du banc des Canucks Marc Crawford (oui, lui), Doug Halward, Curt Fraser, Kevin McCarthy et leur soigneur Larry Ashley. Montant dans les gradins, Halward, entre autre, martèle Fournel de ses poings et l'arbitre Bruce Hood, comme d'habitude, perd le contrôle. 

L'entraineur Harry Neale sera suspendu pour 10 matchs. Durant cette période, c'est Neilson qui sera l'entraineur chef. Et comme il garde une fiche de 9-0-1, on le garde à ce poste, pour les séries. Neale reviendra comme directeur gérant durant l'été, des mêmes Canucks. Mais avant ça, Neilson brille.

Son club sous sa gouverne, balaie les Flames en première ronde, bat les Kings en 5 matchs, en 2e ronde, élimine Chicago en autant de matchs au carrée d'As et atteint la finale pour la première fois de l'histoire de cette concession. Qui a 12 ans. C'est là, pour la première fois, que j'entends parler de Neilson. J'ai 10 ans. Les séries carburent à une chanson qu'on fait jouer à la radio et en aréna pour le gardien Richard Brodeur. Mon père ratera une réunion scolaire de parents où en fin de réunion, on dira "d'habiller les enfants propres et de bien les peigner, ce sera la photo protocolaire de classe". Mon père manque cette info. Nous serons deux à ne pas être si coquet pour la photo. Mais je suis le moins pire des deux. L'autre, un des 4 élèves (nous sommes en 1982) dont les parents sont séparés, sa mère ne pouvait pas s'y rendre, son père n'était plus dans le décor. Cet élève est arrivé avec un gilet noir montrant Ozzy Osbourne et sa pochette Bark at the Moon sur le devant, avec des manches longues blanches. Moi, j'étais hyper couété-je-viens-de-me lever et avait un cotton ouaté d'une école de hockey qu'on m'a fait porter à l'envers car rien n'était dans mon dos. On a essayé de me peigner mais au final, j'ai bien des couettes rebelles quand même. On se fait remarquer nous aussi. À notre manière.

Vancouver ne battra pas les Islanders en pleine dynastie, perdant même en 4 matchs. Mais Neilson se fait remarquer. Dans la série contre Chicago, en désaccord avec les arbitres, Neilson avait agiter une serviette blanche afin de donner signe qu'il lançait un drapeau blanc à cette guerre envers les officiels. Les joueurs de son équipe ont fait de même en plaçant une serviette au bout de leur bâton. Les arbitres en ont eu assez, l'on expulsé du match. 

Mais la foule a aimé. Les fans des Canucks avaient tous une serviette blanche en main pour les deux matchs à domicile. Une tradition qui a parfois été copiée dans la NHL mais dans d'autres sports aussi.

L'année suivante, on perdra en 2e ronde, contre Calgary. Il sera limogé après 49 matchs la saison d'après, après seulement 48 matchs et 17 victoires, mais les Kings vont tout de suite le chercher pour les 28 matchs qui suivent. Il ne sera que temporaire en Californie, il accepte le poste d'assistant. avec les Black Hawks de Chicago. Jusqu'en 1987. Il est surnommé Captain Video tellement il y est associé. Il sera entraineur des Rangers où son club atteindra 2 fois la 2e ronde, et une fois la première seulement. 

Il est limogé à sa 4e saison là-bas. Une saison avant la Coupe historique des Rangers. 

Il sera le premier entraineur des Panthers de la Floride, deux ans, des Flyers trois ans, et des Sénateurs 2 matchs, quand Jacques Martin lui laisse le poste pour atteindre un chiffre rond. Avec les Panthers, comme avec les Rangers, en 1993, le club se rend en finale la saison suivante avec ce qu'il avait bâti les saisons d'avant. Neilson se sait maintenant condamné par la maladie. 

Roger Neilson était brillant. Mais n'aura jamais son nom sur la Coupe Stanley. Il aurait été le premier à retirer son gardien en fin de période qui ne serait pas la 3e période, afin de tenter de marquer avec 4 secondes ou moins à jouer, en faveur d'un 6e attaquant. Ce, à quoi la Ligue a dit "oui, pourquoi pas ?".

Son 1000e matchs dans la LNH, il prend sa retraite tout de suite après, sera de manière très convenable, contre les Maple Leafs de Toronto. Bouclant la boucle. 

Neilson a été intronisé au Temple de la Renommée de la LNH, dans la catégorie des bâtisseurs. 

Car de toute évidence, il en a changé l'univers quand même. 

Atteint d'un cancer, il décède en juin 2003, 5 jours après avoir eu 69 ans.

Il devenait entraineur salarié il y a 50 ans, cette année.    

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